Les montagnes russes de la contraception masculine

Alors que 68% des femmes de 25 à 34 ans utilisent un moyen de contraception, les hommes sont moins de 1% à l’adopter en France.

Aujourd’hui le sujet de la contraception masculine est encore trop tabou et mis de côté dans notre société, alors qu’il pourrait régler bien des problèmes, comme celui de réduire l’avortement qui est encore très important chez les femmes : 1 femme sur 3 a déjà eu recours à l’IVG dans sa vie.

 

La contraception masculine : pourquoi c’est important d’en parler aujourd’hui ?

La charge contraceptive

Ce sont les femmes qui portent les enfants. Ce sont donc elles qui sont directement préoccupées par la question de la contraception. Effectivement, c’est elles qui vont en payer les frais physiquement (et psychologiquement). Lorsque la pilule a été autorisée en 1967, puis quand la loi Simone Veil a été votée en 1975, ce fut une vrai libération pour les femmes, car elles ont enfin pu avoir un contrôle sur le fait de faire des enfants ou pas

De ce fait, les hommes se sont souvent mis en dehors de la question car eux “ils ont autre choses à gérer”… Et pourtant (sauf quand une femme décide d’avoir un enfant seule) ils sont autant impliqués que les femmes dans la conception de l’enfant.

Ce que les hommes n’ont peut-être pas tous compris c’est que “la charge contraceptive”, ce n’est pas anodin. Cela nécessite une certaine discipline (prendre sa pilule tout les jours à heure précise), cela peut avoir des effets indésirables vraiment pas cool (fortes douleurs, effets sur l’humeur, thrombose veineuse…), sans parler du stress lorsqu’il y a eu un accident et que les règles sont attendues avec impatience afin d’être sûre que la prochaine étape ne soit pas l’avortement (qui n’est jamais une partie de plaisir).

La charge contraceptive est permanente (sauf en cas d’abstinence bien évidemment) et il n’y a pas de raison que la femme l’assume seule.

Alors oui, il y a le préservatif qui est une contraception masculine largement répandue. Mais c’est encore (trop) souvent les femmes qui doivent y penser, demander au mec s’il peut le mettre, voire qui doit négocier pour qu’il soit utilisé ! Donc cela ne règle pas la question.

La sexualité encore trop tabou chez les jeunes

Dès l’école, le gouvernement a fait passer un loi qui oblige les établissement scolaires à mettre en place au moins 3 séances d’éducation sexuelles annuelles par classe. Cependant, il semblerait que cette obligation soit très rarement respectée, notamment à cause du manque de formation des professeurs eux-mêmes.

Récemment, trois associations (Le Planning Familial, SOS homophobie et Sidaction) ont porté plainte contre l’Etat pour manquement au respect de cette loi de 2001, démontrant que les écoles, collèges et lycées n’en bénéficiaient pas totalement.

Résultat : Les enfants et adolescents ne sont pas assez éduqués sur les différents aspects de la sexualité, que ce soit le consentement, la contraception ou les violences sexistes : moins de 15% des élèves ont accès aux 3 séances d’éducation à la sexualité. Ce qui ne leur permet pas d’avoir une vision globale des enjeux sur la charge mentale, le couple et la compréhension du corps féminin et masculin.

👉 Lire notre article sur l’éducation sexuelle

On ne peut ni compter sur l’État ni sur l’industrie pharmaceutique pour faire avancer la contraception masculine.

Demander aux hommes de se contracepter, n’est pas encore bien vu par notre société très ancrée dans des idéaux patriarcaux : la contraception masculine (qui consiste à se remonter les attributs) reviendrait à toucher une partie intime et lourde de symboles : les testicules… LE symbole de la virilité !!

D’autre part, l’enjeu n’est pas seulement politique, mais aussi économique. Les lobbies pharmaceutiques ne souhaitent pas financer la recherche pour mettre à disposition des dispositifs de contraception masculine, car cela n’est pas rentable pour eux.

Les lobbies pharmaceutiques, préfèrent se concentrer sur le marché mondial de la contraception féminine qui valait 21,8 milliards de dollars en 2020.

©Le Cœur des Zobds, Dargaud, 2022

 

Les rebondissements de la contraception masculine

Les débuts en 1980

En 1967, la Loi Neuwirth est appliquée : elle autorise la fabrication et l’importation de moyens de contraception orale (la pilule contraceptive) et leur vente en pharmacie sous ordonnance. Suivi ensuite par la Loi Veil en 1975, donnant le droit à toutes les femmes d’avorter.

Dans cette mouvance qui donne enfin la possibilité aux femmes de maîtriser leur fertilité, certains hommes veulent aller plus loin en réfléchissant à des solutions de contraception masculine. En 1980 se créé l’ADERCOM (Association pour la Recherche et de Développement de la Contraception Masculine), une association est à l’origine de deux méthodes efficaces de la contraception :

  • la méthode hormonale élaborée par le docteur Soufir à Paris, qui consiste à prendre une pilule progestative et à s’appliquer du gel de testostérone sur les cuisses et le torse.
  • la méthode thermique créée par le docteur Mieusset, qui consiste à remonter les testicules pour augmenter leur température et ainsi bloquer la spermatogenèse, grâce à un slip chauffant !

©Le Cœur des Zobds, Dargaud, 2022

Cependant, à cause de la politique de l’époque peu concernée, des lobbies pharmaceutiques qui n’y voyait qu’une rentabilité très limitée et de l’épidémie du sida qui rend le préservatif obligatoire, le mouvement s’essouffle assez vite. La question de la contraception masculine se retrouve au point mort : la seule contraception acceptée en France est la vasectomie depuis 2001, mais reste très peu exploitée.

Le retour du remonte-couille

Depuis 2015, on note un renouveau de la contraception masculine. Cela est dû à différents avec mouvements qui libèrent la parole de la femme, tel que le mouvement #MeToo.

Les scandales dus aux effets des pilules de 3ème et 4ème générations, qui augmentent les risques de thromboses, provoquent une révolte chez de nombreuses femmes qui décident d’arrêter de se contracepter.

Les associations et collectifs se font alors plus nombreux, et de nouveaux moyens de contraception basé sur la remontée testiculaire, font leur apparition. Ainsi nait le Jockstrap : un slip chauffant DIY (do it yourself), ainsi que l’Androswitch : un anneau contraceptif inventé par Maxime Labrit en 2018

Ces deux nouveaux moyens de contraception apparaissent comme une évidence et la responsabilisation des hommes dans leur vie sexuelle devient petit à petit une question de santé importante. En plus d’être non hormonaux, ces dispositifs contraceptifs sont facilement réalisables soi-même, dans des ateliers qui sensibilisent sur la méthode thermique et la sexualité. C’est par exemple le cas d’Otoko_contraception sur Instagram qui propose des ateliers toutes les semaines à Paris ou encore Treizeticules, un collectif présent dans les locaux du Planning familial 13 à Marseille !

La lutte pour le marquage CE

Cependant, les institutions politiques et économiques continuent à faire barrage au développement de la contraception masculine.

En 2021, l’ANSM (Agence Nationale de Santé et du Médicament) suspend la vente de l’anneau sous réserve de règlementations européennes : soit le marquage CE, qui évalue la conformité aux exigences essentielles définies par les législations européennes. L’obtenir implique de nombreux essais cliniques qui couteraient environ 1 million d’euros mais l’Etat ne compte pas investir dans ces recherches qu’il juge très peu rentable.

Alors, les différentes collectivités s’entraident pour faire prendre conscience de l’importance de la contraception pour l’égalité homme/femme. En 2022, la coopérative Entrelac est créée pour chercher les fonds nécessaires à l’obtention du marquage CE !

 

Petit à petit l’oiseau fait son nid

En 2021, la part des hommes ayant entre 18 et 30 ans prêt à prendre une pilule masculine serait de 37%, contre 22% pour une vasectomie et 12% à utiliser un slip chauffant. Quant aux consultations effectuées au Planning Familial, 21 000 seraient autour de la contraception et 200 environ concernent la contraception masculine. C’est encore très peu, mais c’est trois fois plus qu’en 2018.

 

Fonctionnement de la contraception thermique

Il existe plusieurs dispositifs de contraceptions thermiques : L’Androswitch (anneau en silicone), le Jockstrap, le slip chauffant, l’Androswatch (bracelet réglable en silicone). Ils ont tous la même utilité, à leur manière !

Le principe de la contraception thermique est de remonter ses testicules afin qu’ils soient plus près du corps. En effet, pour que les spermatozoïdes puissent se créer, la température environnante ne doit pas être à plus de 35°c (c’est la raison pour laquelle les testicules pendent). En remontant ses testicules afin qu’ils soient plus proches du corps, la température est celle du corps, soit 37°, la spermatogenèse est alors bloquée.

Pour que cette technique soit vraiment efficace, il faut porter son dispositifs remonte-couille durant 15 heures par jour. La personne ne sera véritablement contracepté qu’à partir du 3ème mois, si elle a correctement porté son dispositif. Trois mois, car lorsque l’on commence à porter un dispositif, la production est stoppée mais les anciens spermatozoïdes viables sont encore là et peuvent survivre jusqu’à 3 mois ! Au bout des 3 mois, tous les spermatozoïdes ont été éjectés ou recyclés par le corps.

Une fois ces 3 mois passés, il faudra alors faire un spermogramme afin de vérifier qu’il y a moins d’un million de spermatozoïdes par mL restants. Si c’est le cas, BRAVO vous êtes contraceptés !

Enfin un jeu qui parle de ce sujet !

À travers notre jeu Le Cœur des Zobs de Bobika, nous voulons sensibiliser et responsabiliser les hommes sur ces questions de sexualité afin de mieux répartir la charge contraceptive. Le but est également de visibiliser la contraception testiculaire, connaître les différents types de contraceptions masculines et comprendre le fonctionnement de cette pratique…

Jeu disponible ici !

Les montagnes russes de la contraception masculine